LE POINTILLISME EN POLITIQUE

15 juin 2017



En ce moment, je regarde The Handmaid’s Tale, une série fabuleuse basée sur le livre de Margaret Atwood. Il a été publié en 1985, il y a 32 ans. La particularité de cet œuvre est de présenter une dystopie sur trois périodes : Le présent, qui est une amérique qui a sombré dans une théocratie abominable; le passé proche qui montre l’établissement de ladite théocratie et enfin le passé plus lointain que l’on pourrait résumer à “comment on a pu en arriver là ?”.
Et comment ont-ils pu en arriver là ? Comment des personnes vivant dans une époque moderne, post-seconde guerre mondiale, ont-elles pu sombrer et laisser faire ? Mme Atwood a une réponse à la fois complexe et simple : les tyrans sont des pointillistes. Comme ces artistes de la fin du XIVème siècle, ils créent leur toile par toutes petites touches et on n’en devine le motif qu’à la fin ou en tout cas trop tard la plupart du temps.
D’abord, les discours passéistes, qui répriment les mœurs et la liberté d’être se répandent; puis des mesures sécuritaires se mettent en place (petit à petit encore une fois) qui au final s’avèreront plus là pour réprimer la population que pour lui venir en aide. Ensuite ce sont les lois, qui changent et régressent, qui privent de liberté, qui brident le peuple mais sous couvert au choix :
  • De la protection (des vrais citoyens, attention)
  • De la croissance économique
Dans la série par exemple, une loi régressive passe, interdisant à nouveau aux femmes de posséder (que ce soit un bien ou un compte en banque), de travailler ou même de voyager. Le tout sous couvert de besoin économique (elles prennent le travail des hommes voyons) et de protection de celles-ci et de l’espèce (les femmes étant de moins en moins souvent fertiles).

Mais vous-vous demandez certainement où je veux en venir ? Quel rapport avec l’état d’urgence ? Après tout ce n’est que fiction et là on traite de la vraie vie véritable. Avant toute chose, souvenez-vous (lorsque vous lisez, regardez, écoutez, consommez de l’art en général) que toute œuvre est écho de la vraie vie véritable de son auteur et de ses opinions. Ensuite, demandez-vous ce qu’a entraîné cet état d’urgence, normalement prévu pour ne durer que quelques semaines et créé pour une période de guerre ouverte (celle d’Algérie). Quelles ont été ses conséquences et pourquoi le subissons-nous depuis novembre 2015 ?
Vraiment, pourquoi le prolonger encore ? Pourquoi brider les libertés de la population toute entière encore aujourd’hui ? La France serait-elle en état de siège ? Aurions-nous loupée la circulaire nous prévenant de l’entrée officielle en guerre de notre pays avec… avec qui au juste ? La Syrie ? Le Liban ? L’Iran ? A ce stade, je me dis peut-être que c’est carrément la troisième guerre mondiale qui a commencé sans que je ne m’en aperçoive. Moi qui pensais que ce serait une guerre de l’eau ! Non, parce qu’une guerre de religion me semble impensable pour un pays laïc ?

Le pire étant que plus cet état d’urgence va se prolonger, plus il sera difficile de s’en défaire. L’arrêter tout d’un coup, après deux ans, alors que la situation est la même qu’avant son instauration, ce serait avouer l’absurdité de sa durée. Ce serait avouer que le droit de manifester a été bafoué; que l’état s’est permis de mettre sous surveillance armée et électronique ou de simplement fermer des lieux de culte pour pas grand chose (il ne me semble pas que l’on ferme les églises quand sont distribués des tracts haineux envers les musulmans ou homosexuels); que la montée des violences des forces de polices en roue tellement libre qu’ils pourraient tourner dans Mad Max Fury Road 2 a été subie pour que pouic; et bien d’autres choses encore. Parce que si l’on subit tout ça, c’est bien que l’on est en danger et que c’est utile, n’est-ce pas ? Ça vaut la peine, on nous protège des terroristes !
Pourtant, le gouvernement n’a pas vraiment besoin de cet état d’urgence pour combattre les terroristes, étant donné que de nouvelles lois de lutte contre le terrorisme ont été promulguées depuis le Bataclan (spécialement prévues pour se passer de l’état d’urgence, tiens tiens). De plus, vous avez toujours plus de chances de mourir étouffé par une cacahuette que sous les tirs d’un extrémistes religieux (même si vous êtes allergique aux arachides). Et soyons francs, les terroristes islamistes ont encore du chemin à parcourir avant de dépasser les terroristes chrétiens en Europe.
Mais l’état d’urgence continue, parce que s’il n’est pas très utile pour nous, il le reste pour le gouvernement. Après tout, il facilite la répression (interdictions de manifester, répression policière facilitée, droit de policer toute vos activités en ligne, droit d’interdire les regroupements et associations, droit de perquisitionner n’importe qui n’importe quand, droit d’assigner à résidence, droit de vous fouiller n’importe où et n’importe quand sans raison, etc) et entretient une atmosphère de peur et de haine. Et une population qui a peur et dont on concentre la haine sur quelque chose (au hasard les musulmans et réfugiés qui… fuient les terroristes du coup) c’est une population qui est contrôlable et acceptera pas mal de choses soit-disant prévues pour combattre “l’ennemi”. Genre les enfermer dans des camps et les laisser crever de faim ou les laisser tabasser aveuglément ou crowdfunder le meurtre (bon, ça, c’est pas le gouvernement directement mais rien n’a été fait contre nulle part).

A ce jour, on peut considérer que l’on vit dans la période du “comment on en est arrivés là”. Les discours extrémistes régressifs ont fait 33,94 % aux élections présidentielles et une personne a été élue qui n’est mieux que de pas grand chose (référez-vous au gouvernement qu’il a nommé entre autres). Les mœurs haineuses ont de plus en plus cours (La Manif pour Tous par exemple). Les mesures répressives économiquement et politiquement parlant foisonnent. Nous ne sommes qu’à un saut de corgi mignon de la loi martiale.

Mais ça va. C’est en petites touches. Le gros doigt levé n’est pas encore tout à fait distinguable sur la toile.

L'article a été rédigé bien avant que le projet de passer l'état d'urgence dans la loi ait été annoncée, l'auteur de l'article est @Lalachesis.
Photo shot by Dan Matersen pour Vogue Turquie.

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