DISPOSER DE SON CORPS A T-IL ENCORE DU SENS ?

11 mai 2017



“Let’s be very clear about this, asshole: I’ve been a woman in Arkansas. I know damn well what it means when a man says to me 'Calm down.' Being raped comes next, and that’s a fact I’m never going to forget.” Agnostic Zetetic 


Premièrement le titre m'est venu d'une manière inattendue, j'avais plutôt en tête celui ci : Tuer les femmes. Le titre peut faire grincer des dents, ce qui est absolument normal. Quelle genre de féministe suis je pour choisir un titre pareil ? Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas encore perdu toute ma tête. 


A l'heure actuelle, on lit  énormément de textes/slogans qui revendiquent la liberté de disposer de son corps, de considérer le corps féminin comme libre. J'ai considérablement réfléchi sur cette notion que j'estime comme fondamentale. 

Pourquoi est ce que j'évoque  ce sujet ? Ce n'est pas la première fois que je l'aborde, il y' a quelques jours j'ai lu l'histoire d'une américaine,  qui est morte suite aux coups d'un homme dans un bar. Elle est décédée parce qu'elle avait osé le rembarrer, après qu'elle ait refusé  à se donner  à lui (il l'a touché sans consentement). Classique ?  Nous avons l'habitude de lire et d'entendre ce type d'histoires. Tout peut arriver à n'importe quelle heure et n'importe ou, c'est ancré dans les mœurs. Et je crois que c'est la chose la plus effrayante, que la violence faite aux femmes soit devenue une chose commune. Est ce normal de demander constamment à ses amies de savoir si elles sont bien rentrées ? Vous risquez de me dire oui, cependant je trouve ça inquiétant le fait qu'on ait normalisé la peur de tomber sur une mauvaise personne  que ce soit dans la rue ou ailleurs.

Vous savez ce que je crains le plus, c'est de mourir sous les coups/de se prendre des coups d'un homme que ce soit dans la rue, chez une amie, dans les transports publics, qu'il soit un ami, un inconnu, mon responsable, partenaire. Vous allez me prendre pour une folle (elle a peur de tout et de rien), néanmoins le sentiment d'insécurité persiste. C'est terrible comme sensation de se dire " tu sais que tu peux mourir, juste parce que tu as refusé de donner ton numéro ou bien tu as juste osé sortir un Va te faire foutre". 
Je lis des histoires qui se ressemblent pratiquement toutes, elles sont à la fois sordides et affreuses. 

En outre, je pense qu'on ne fait rien, on n'apprend pas à dire que leur corps des femmes ne leur appartient, que les femmes sont des êtres humains à part entière. On nous dit assez souvent que les femmes sont libres de disposer de leurs corps, mais à quel prix ? Quand elle vous dit "non vous n'avez pas le droit de toucher mes seins" , est que cela ne remet pas en cause ce slogan qu'on ne cesse de crier partout en Occident ? Les femmes sont maîtres de leurs corps, pourtant un homme peut venir vous saisir sans consentement d'une manière inappropriée, alors que vous êtes supposées disposer de votre corps comme bon il vous semble. Je ne dis pas ça pour faire peur, toutefois c'est absolument réaliste à mes yeux. 

Il y'a des chances qu'on me sorte : '' tu es complètement obsédée par les violences faites aux femmes", "t'en parles beaucoup trop", " seul hic on n'arrive pas  à endiguer le phénomène et c'est un secret pour personne". C'est vrai, mais on n'en parle pas assez. Pendant la campagne présidentielle, les droits des femmes sont passés à la trappe, comme si cela n'avait aucun intérêt. Chez Macron on avait droit à quelques lignes mélangés à d'autres thématiques, chez Le Pen elle ne parlait que des droits des femmes seulement pour évoquer l'islamisme. On est vraiment pas sortis de l'auberge. 

Disposer de son corps et mourir pour l'avoir fait... ça n'émeut pas grand monde (hormis les femmes). On laisse mourir des femmes, je ne prefere pas évoquer le laxisme judiciaire concernant les violences faites aux femmes. J'hallucine toujours en lisant les peines prononcées contre les coupables, tellement légères et vide de sens. On s'en rappellera comme le 20 000 fait divers présentant un féminicide, malgré cela on n'aura le droit à aucun commentaire. Parfois je suis témoin de certaines  scènes plus que limite dans la rue... 
Par ailleurs, je trouve qu'en ce moment on assiste à un retour en arrière, on a pu bien apercevoir des affiches anti IVG placardés dans le métro. Pensez vous vraiment que les femmes se battent pour voir des affiches anti IVG dans le métro ?  Tu prends les transports en commun hop tu tombes sur ces affiches. Le dégoût est profond. 

La question que nous devrions nous poser est la suivante : à quoi fait référence le sens de disposer de son corps ? Quand on essaie d'imposer certaines normes aux femmes que ce soit sur le style vestimentaire, qu'on essaie de les freiner, qu'on les slut shame pour un tout et un rien.  Est ce que disposer de son corps a encore du sens ? Disposer de son corps prend sens  partout et vaut pour n'importe quelle thématique que ça soit pour les cheveux afros (les toucher sans permission sachant qu'il y' a toute une histoire derrière), la sexualité, les nudes, l'apparence et ainsi de suite. 
La question ne cesse de revenir sur le tapis, n'est ce pas hypocrite ?  Puis une réponse me vient soudainement à la tête : PATRIARCAT. 

Après tout il est tout à fait possible que mes propos soient délirants, incohérents ou absurdes.  Il se peut que je sois la seule à penser de cette manière, il n'empêche que ça ne cesse pas de cogiter dans mon esprit. Comme vous le savez disposer de son corps est la première des libertés (et la plus estimable à mes yeux). 

NB: L'article ne s'inscrit que dans un contexte français, les phrases du type '' oui mais en Arabie Saoudite, en Éthiopie les femmes..." ne marchent pas. D'ailleurs le terme  Homme fait référence à l'ensemble des hommes. Je ne dis pas ''oui mais les hommes...'', il faut se rappeler que l'écrasante majorité des auteurs sont des hommes. C'est un secret pour personne et je n'ai pas encore entendu d'histoires de ce genre : Une femme a attouché sexuellement une autre femme, elle a lui sommé d'arrêter. Elle a refusé et l'assommé de coups. La victime est décédée quelques minutes après. 

Photo from Teen Vogue (shot by Daniel Jackson). 

5 commentaires

  1. Je suis tout à fait d'accord avec toi. C'est une question d'éducation avant tout je pense. Il y a eu un cas comme ça dans un train avant hier il me semble. Mais après, il y a des filles qui "vendent leur virginité aux enchères", ce qui est tout à fait aberrant aussi. Le monde est devenu complètement dingue....

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    1. Oui, c'est largement une question d'éducation, et pas seulement parentale : collective.
      Quant au fait de vendre sa virginité aux enchères... ça joue sur plusieurs choses plus ou moins actuelles. Chose actuelle : vouloir être célèbre par tous les moyens, y compris les plus fous, plus on fait parler de moi et plus j'aime ça (+ je perds ma virginité assez tôt pour ne pas être moquée et rester dans la norme, + je gagne de l'argent : d'une pierre trois coups, la vie est belle). Chose moins actuelle : le vieux fantasme de la fille qui garde sa virginité jusqu'au mariage et que l'on trouve aussi dans les religions (dont l'islam et les 72 (c'est bien 72 ?) vierges promises).
      Et puis, sans trop savoir comment verbaliser ma pensée, je pressentais quelque chose, alors je suis allée voir sur le site du CNRTL la définition de "vierge". Deux choses qui me permettent de verbaliser mon intuition : "Qui est à l'état pur, primitif, naturel; qui n'a jamais été foulé aux pieds, parcouru, conquis par l'homme." et "Teintes employées sans mélange et qui n'ont pas été fondues ni noyées les unes dans les autres. (Dict. xixeet xxes.)" donc : une fille vierge est pure, n'a jamais été souillée par les autres : c'est donc un privilège, un honneur presque. Je pense que des gens fantasmes là-dessus. Il y a des enjeux (autres que financiers) pour les deux partis : la fille qui vends et l'acheteur.

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    2. Bonsoir Camille,

      Je partage ton opinion, mais à mon sens ce n'est pas une question d'éducation. Ça touche toutes les classes sociales. Origines et âge confudus. Le problème réside dans le sociétal. C'est un phénomène, nous devons continuer à sensibiliser. Et à mettre de structures en plus dès le plus jeune âge pour enrayer le mouvement. Quant aux filles qui vendent leurs virginité, je pense que c'est un coup d'éclat sachant que la virginité est un concept social pour contrôler la sexualité des femmes. C'est absolument génial de les voir se reapproprier à leurs profits.

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  2. C'est vrai que se dédouaner en disant "oui mais ailleurs..." dénote quelque chose. Comme d'ailleurs le fait qu'il n'y ait pas de musée de l'esclavage en métropole, seulement un musée de l'abolition : donc nous avons aboli quelque chose que nous n'avons pas commis ? si on suit le choix des termes... bon. Nous ne sommes pas le premier pays, et loin de là, à avoir un problème à regarder notre Histoire en face, mais il faut bien admettre que le surnom de "pays des Droits de l'Homme" n'aide pas forcément, en même temps... Je m'égare.
    Je crois que disposer de son corps a un sens mais un sens différent en fonction des groupes sociaux desquels on parle (et là il faudrait s'intéresser plus en détail à la l'Histoire et à la sociologie du corps, voire même à l'anthropologie du corps pour voir si des études ont été réalisées à ce sujet, ce qui ne m'étonnerait pas). Je pense que "disposer de son corps", chose la plus évidente, n'a évidemment pas le même sens pour un homme que pour une femme (comme le fait de toucher les cheveux des Noirs n'a pas le même sens pour un Noir que pour un Blanc (au passage toucher quelqu'un sans permission, quelle que soit la raison, est très limite)). Presque je me risquerais à dire... que le corps des femmes appartient aux hommes par un truchement (à vrai dire je sais pas si j'utilise le mot correctement xD (je viens de perdre toute ma crédibilité)) rhétorique.

    J'entends par-là :
    Les femmes disent : "mon corps m'appartient".
    Les hommes pensent (et parfois disent) : "les femmes m'appartiennent" (rapport à la Bible, la femme faite après et pour l'homme ; on dit "ma femme" et pas "mon épouse", etc.)
    Conclusion : le corps des femmes appartient aux hommes.

    Évidemment ce n'est pas verbalisé et explicité de cette manière, et souvent ce n'est même pas explicité du tout, mais je crois qu'au fond, dans une espèce d'inconscient collectif basé sur notre Histoire grandement chrétienne plus qu'autre chose et sur des siècles de patriarcat à l'étreinte variable, c'est ce qui peut être ressenti. Pas forcément par tout le monde ni par chacun (c'est pour ça que je parle d'inconscient collectif et pas de "l'inconscient masculin"), pas forcément plus par les hommes que par les femmes (toutes les femmes ne sont pas féministes) mais je crois qu'au fond c'est là quand même et le meilleur indice (le mot "preuve" étant sans doute exagéré) que je puisse donner c'est que ma "démonstration" j'en ai eu l'idée juste avant de l'écrire, pendant que j'écrivais le premier paragraphe de ce commentaire : autrement dit je n'ai pas réfléchi pendant 500 ans pour comprendre pourquoi certains ne comprenaient pas/n'acceptaient pas un refus des femmes de partager leur corps : j'y ai pensé tout de suite sans jamais avoir réfléchi à la question avant. C'est bien que j'ai pioché, selon moi, quelque chose dans mon inconscient, quelque chose de pas très enfoui, pas caché, qui est juste là quand on gratte un peu. Considérant ça je me dis que sans doute, même si tout le monde n'est pas comme moi, si c'était si facile de trouver ce retournement rhétorique, alors sans doute qu'il est dans l'inconscient collectif (ou alors il ne reste plus que deux choix qui s'offrent à moi : 1) je suis parano et vois le mal partout ; 2) je suis particulièrement instinctive et intelligente (on peut toujours rêver)).

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    1. Bonsoir Melgane,

      Je suis d'accord avec toi disposer de son corps prend sens dans différents contextes selon les cultures. Effectivment il y a cette d'idée que le corps des femmes appartiendraient aux femmes, chose qu'on retrouve/ entend souvent que ce soit de la part des piloticiens (nos femmes, nous devons protéger nos femmes Comme si elles ne pouvaient s'exprimer seules), par des personnalités (elle doit donner de son corps pour) . Je le reconnais. Cela s'illustre par le harcèlement de rue ou certains pensent que nos corps sont à leur disposition.

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