MAMAN OU WORKING GIRL ?

27 avril 2017


I’ve yet to be on a campus where most women weren’t worrying about some aspect of combining marriage, children, and a career. I’ve yet to find one where many men were worrying about the same thing. Gloria Steinem
Trad : Je n'ai jamais été sur un campus où les femmes ne s'inquiétaient pas de combiner les aspects du mariage, des enfants et d'une carrière. Je n'ai pas encore trouvé un campus ou des hommes s'inquiétaient des mêmes choses.

A l'approche de mes 30 ans (j'ai encore le temps)  je me pose la question : A quoi ressemblerait ma vie à 30 ans ?  Serai je une femme au foyer ou une working girl carriériste ? 
Je suis vraiment curieuse de savoir, c'est une des réflexions majeures que vous avez après avoir fini ses études. 

Pourquoi est ce j'écris sur ce sujet ? 

En premier lieu c'est un sujet qui revient sans cesse dans mes conversations, on vieillit et on s'interroge sur notre avenir. Puis le sujet est régulièrement débattu sur le web et les plateaux télés. 
Plus jeune j'avais cet idéal romantique / à l'eau de rose en tête, je pensais que nous finissions nos études avec l'homme de nos rêves et que nous nous occupions à tour de rôle des enfants. La réalité est beaucoup moins rose. 

Ayant grandi dans une famille ou les études priment plus que tout  et où on pousse  les filles à être ambitieuse / avoir de grandes carrières, je ne devrais même pas me poser la question. Pourtant je n'ai plus du tout envie d'avoir une grande carrière ou je ne vivrais que pour mon travail. Pas non plus envie de me consacrer à ma famille. Je sais que je suis une femme terriblement égoïste. 

D'une part  les aspirations d'une femme ne regarde que celle ci, mais de là à sortir qu'elles ne souhaitent pas être mère de  famille est totalement hors sujet. Alors oui certaines femmes  ne veulent pas d'enfants ce qui est absolument normal. Les femmes ne sont pas que des mères pondeuses, les critiques sont beaucoup trop dures à l'égard des femmes ne souhaitant pas d'enfants où qui se font stériliser. D'autre part elles le sont également envers les femmes carriéristes / débordant d'ambitions, on leur reproche de faire passer leur vie professionnelle avant le reste, est ce un mal ? J'entends très peu de critiques similaires concernant les hommes, elles ont le droit d'être aussi ambitieuses et carriéristes que les hommes. 

Les inégalités sont encore présentes ici. Bien que théoriquement rien n’empêche une femme de mener une brillante carrière, dans les faits les obstacles existent :
-A l’école, les professeurs leurs donnent moins la parole et les encouragent moins que les garçons. L’espace dans la cours de récréation est essentiellement occupé par les garçons ( 1,2).
-Lors des études secondaires, les filles qui ont choisi malgré tout de se diriger vers des métiers scientifiques et à forte proportions d’élèves masculins doivent faire face à deux fois plus de difficultés qu’eux.
-Les employeurs discriminent plus facilement les jeunes femmes « en âge de procréer ». Les préjugés sont encore bien présents, à tel point que les femmes elles-mêmes sont poussées à avoir peur ou honte d’une potentielle grossesse, jusqu’à la considérer comme le summum de l’impolitesse dans les deux ans qui suivent une embauche. Alors qu’il faut être honnête, si de nos jours les maternités sont pour la plupart choisies et « programmées », il reste encore bien des facteurs que nous ne contrôlons pas.
-Les femmes sont encore victime d’environ 20% de salaires en moins par rapport aux hommes à compétences et diplômes égaux. Plus le poste est élevé, plus elles doivent fournir d’efforts par rapport à leurs collègues masculins.
-Dans les métiers dits féminins tels que le care, les hommes sont toujours promus à des postes à responsabilités et ont des salaires plus élevés (escalator de verre). Certaines femmes arrivent malgré tout à mener la carrière de leur rêve, mais à quel prix ?

Par ailleurs les femmes au foyer sont beaucoup trop méprisées, auparavant j'avais un mauvais jugement sur les femmes au foyer.  Si une femme souhaite être femme au foyer tant mieux pour elle. Il serait peut être temps qu'on ne cesse de dévaloriser les femmes, être mère est une activité. Qui va lui reprocher d'être mère au foyer ? Tant que c'est son choix. Toutefois certains ont vraiment du mal avec cette notion de choix.
Le concept même de mère au foyer diffère d’un pays à l’autre. En Suisse, là ou je vis, j’ai été félicitée pour ma « décision » d’être mère au foyer, décision qui relevait d’un constat simple : mon mari avait un CDI et moi je pouvais m’estimer heureuse quand je dégottais des extras de serveuse. Mais le fait que je décide de rester auprès de mes enfants à été vu par beaucoup comme une chance incroyable de vivre pleinement leurs premières années.

Alors qu’en France c’est presque l’inverse avec une image de femme au foyer paresseuse vivant sur ses allocations. Ma mère a été femme au foyer toute sa vie, mon père et elle ont décidé qu’elle s’arrêterait de travailler après leur mariage, et elle a subi ces préjugés toute sa vie.

Mais quelque soit la façon d’envisager le rôle de mère au foyer, que ce soit socialement, culturellement ou par choix personnel, il y a toujours une idéal attendu et il y a toujours une sanction très dure qui tombe sur les mères qui font un choix s’écartant quelque peu de la voie idéale : pères, famille, entourage, employeurs, politiciens…La société entière décide de la place des femmes et gare à celles qui osent sortir des sentiers tracés pour elles.

Entre ceux qui pensent que nous sommes des mères pondeuses, ceux qui critiquent les femmes au foyer et qui ne comprennent pas pourquoi nous sommes carriéristes il y a du travail. 

La fameuse dichotomie mère putain se fait particulièrement sentir ici. Bien que ce pilier patriarcal existe partout, il est ici d’autant plus important qu’elle met en balance constante la Femme-carriériste égoïste et froide avec la Mère soumise au devoir la procréation pour lequel elle abandonne tout.

Personnellement j'ai vraiment du mal avec cette idée que la maternité est le Graal absolu pour une femme. Je trouve qu'on peut  être épanouie sans  avoir d'enfants, je vois la tête des gens quand je sors que je ne souhaite pas d'enfants. J'ai souvent le droit à ces   remarques " Comment ça tu ne veux pas d'enfants ? " " tu sais que c'est égoïste de ta part" ?  comme si nous voulions toutes 3 marmots.  Je n'aime pas le fait qu'on nous fasse culpabiliser sur ce sujet.

Cette idéalisation de la maternité ne fait pas que du bien, on peut le prendre comme " les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres " . Pourtant on n'embête pas les hommes avec de tel discours, pourquoi en faire pour les femmes ? On part de l'idée  qu'une femme veut absolument des enfants.  Il n'y a pas de pression sur les hommes pour qu'ils pondent des gosses, on remarque que personne ne s'indigne d'un homme célibataire sans enfant à 45 ans. Chez une femme on trouverait la chose inquiétante, on commencerait à se poser la question : " Tu n' as pas d'enfants ne tarde pas trop l'horloge biologique tourne"  " tu sais à partir d'un certain âge ça devient compliqué alors autant en faire maintenant " .

En 2017 vous pouvez entendre des politiciens sortir " les femmes à la maison " ou " les femmes méritent de gagner beaucoup moins que les hommes " , cette notion de choix n'est même pas encore acquise. Il y a toujours cette romantisation de la maternité qui reste très prégnante, je ne dis pas que c'est un mal (absolument pas) mais que les choses devraient évoluer. 

La maternité mise sur un piédestal est une idée récente et une invention politique. A la fin du 19 ème siècle on s’est rendu compte qu’il fallait des soldats aptes pour la guerre. Jusque là, les risques de mortalités infantiles étaient très élevés, on faisait beaucoup d’enfants dans l’espoir qu’au moins un ou deux survivent jusqu’à l’âge adulte. C’est à ce moment là que les politiciens de l’époque inventèrent l’instinct maternel, un sentiment d’amour et d’attachement primaire que doit ressentir toute femme venant d’accoucher afin qu’elle s’attache à son nourrisson et qu’elle en prenne soin pour qu’il devienne ensuite un soldat fort et apte à combattre pour la patrie. L’instinct maternel et la romantisation de la maternité sont des injonctions entièrement construite faites aux femmes. De là est née la fête des mères, une récompense sociale pour honorer les « bonnes mères ».

Au final il faudrait laisser les femmes faire leurs propres choix en matière sociale, ne pas les blâmer/culpabiliser si elles n'ont pas les attentes que la société attende d'elle. Ce n'est pas un mal de ne pas vouloir d'enfants ni de fonder une famille nombreuse, d'autant plus que cela ne regarde que les femmes en question. Cela marche aussi pour les choix professionnels, qu'elle souhaite être femme  au foyer ou chef d'entreprise. 
Article rédigé avec Erulelya.
Photo from Vogue Arabia (shot by Carter Smith). 

8 commentaires

  1. Et j'ajouterais, pour le rapport à la guerre, que, à la suite de chacune des Guerres Mondiales il fallait repeupler et on avait une immense immense peur de la dépopulation. Mais cette peur de la dépopulation remonte à plus loin. Au XVIIème on pensait que plus un pays avait d'Hommes et plus il était riche et puissant. Nous avions environ 20M de personnes, l'Espagne (métropolitaine, pas l'Empire) en avait même pas moitié moins je crois. Nous étions les plus peuplés et les Anglais essayaient de manipuler plus ou moins les chiffres pour montrer qu'ils n'étaient pas si en retard que ça sur nous.

    "" les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres "" c'est drôle que tu parles de ça parce que j'allais justement écrire un article sur ce qu'est une femme !

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  2. Effectivement ! J'aurais pu remonter à plus loin, mais je me suis dit qu'il valait mieux éviter les gros pavés. " les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres "" JE L'entends assez souvent que ce soit dans mon entourage familial ou amical. Comme si notre valeur se résumait à avoir des enfants !
    J'irai lire ton article avec grand plaisir.

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    1. Tu l'entends ?! Oo Je pensais que c'était ton analyse seulement, mais alors si tu l'entends en plus... je crois que si quelqu'un dit ça en ma présence il va m'entendre pendant longtemps et se souvenir de moi x)
      Il est prévu pour 17h30 :)

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  3. Oui oui JE L'entends ! Par exemple comment ça se fait qu'au bout de 15 ans de mariage elle ne souhaite toujours pas d'enfants ? C'est quel genre de femme... une femme n'est pas une femme sans enfants ou c'es complétement égoïste, toi même tu as été une enfant, pourquoi n'en veux tu pas ? Tu ne vas pas te consacrer à ton travail toute ta vie ? il y' aussi le mari,les enfants dans la vie...
    Absolument délirant ! Au moins tout le monde est fixé sur mon cas, on ne cherche plus à m'en dissuader.

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    1. La vache ! Effroyable ! Et puis on avance de la date de péremption plus c'est dur... la moyenne pour le premier enfant c'est 27-28 ans, donc j'imagine que quand on a dépassé cet âge la pression s'accentue !

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    2. La pression s'accentue, je me souviens d'une collègue qui en avait à peine 30, elle se sentait mal de ne pas en avoir...

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  4. C'est super, encore une fois, en tant que femme quoi que l'on fasse, ce n'est jamais bien. Si l'on veut travailler, ok mais pas en étant aussi bien payée que les hommes et si on ne le fait pas shame on us...
    Tout ça pour dire, que la société ne nous fait toujours pas de cadeau et les mentalités semblent évoluer très faiblement, surtout sur celle de la mère au foyer. Toute cette pression sur le fait de faire des enfants pour ensuite reprocher aux femmes d'être mère au foyer... C'est la Hollande je crois où le système des pères au foyers est très répandu chez les hommes. Dans beaucoup de points nos voisins nordiques ont bien des choses à nous apprendre..

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    1. Bonsoir,

      C'est toujours le '' oui pas assez, non pas assez bien'' , en effet il y'a encore pas mal de shaming sur le statut de femme au foyer (fort dommage). La société n'est pas tendre avec les femmes, on pense toujours que femme au foyer = femme qui ne fait rien alors que c'est un travail certes domestique. Je suis absolument d'accord avec toi, c'est d'un non sens !!!
      Il y'a pas mal de choses qu'on doit prendre exemple sur les nordiques. Ils sont vachement loin.

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