LA FEMME CETTE ÉTERNELLE COUPABLE

3 novembre 2016



“Being a victim is supposed to set you free; it acquits you of any agency, any sense of responsibility to the person who did you harm. It's not your fault, they say. Leave him, they say. Nobody ever tells you what to do if leaving isn't an option. They just call you stupid. A dumb bitch. Sympathy is only meted out if you follow all of society's rules for how a victim is supposed to behave. Nenia Campbell 

Tout d'abord je ne pensais pas m’étendre sur le sujet des violences physiques faites aux femmes, je m’étais seulement concentrée sur la  thématique du viol. Je pense qu'il serait probablement temps que le victim blaming prenne fin. Peu importe le nombre de fois que des personnes se casseront à rédiger un article, il y aura toujours une minorité de personnes sans cœur pour s'en amuser. 

C'est peut être la première fois que j'aborde un sujet si familier, un sujet difficile à aborder à mes yeux. Je connais des femmes ayant été victimes de violences physiques dont des violences sexuelles. Ça me fend le cœur de voir que dans la majorité des cas les situations se sont retournées  contre elles sans qu'elles ne puissent rien faire. Et pourquoi? Car on a décrété que ces femmes étaient responsables de leurs situations. Elles étaient déjà coupables avant même que l'affaire n'aille plus loin. 

Non seulement c'est injuste que le verdict tombe avant l'heure mais c'est tellement cruel. Cette manière de détruire psychologiquement la personne une deuxième fois, il n'y même pas ce petit geste pour témoigner de l'empathie. On a décidé que vous étiez coupable alors vous l’êtes. Le statut de victime n'est même pas reconnue. Et l'homme (oui je le dis , qui est  RESPONSABLE) s'en  sort très bien de cette situation. Que risque t-il ? Rien. 6 mois de prison pour avoir battu à mort sa femme ? 1 an pour le viol d'une fillette ? Des peines absolument disproportionnées, totalement risibles. 
Je ne vais pas vous mentir que je suis toujours effarée des peines, comment peut on condamner un homme ayant violé sa fille  à un an de prison ?  J'ai du mal à comprendre cette légèreté, à titre personnel on ne condamne pas les violences faites contre les femmes. Elles sont autorisées ces violences, elles sont exacerbées par la société elle même.

En effet les hommes sont dédouaner de leurs responsabilités,  littéralement l'opinion publique a plus de compassion pour les responsables que pour les victimes. Une des choses qui me vient à la tête est l'affaire DSK - Nafissatou Diallo , on a eu le droit à cette jolie phrase : Elle est trop moche pour s'être fait violer. Plus chic on ne fait pas. On était tellement prêt à tout pour la discréditer, qu'on a utilisé son physique  pour remettre en cause sa parole (culture du viol) . Vous voyez ce discrédit qu'on jette sur les femmes victimes de violences. Et après on se demande pourquoi elles évitent d'en parler, d'aller porter plainte? Elles seront directement coupables. Elles ne recevront aucun égard, juste ces fameux phrases : Ou étiez vous, à quelle heure, le connaissez vous? Tandis que les hommes restent impunis et sont confortés dans leurs privilèges. 
Cette citation illustre parfaitement ce que la société produit comme image des abuseurs :


An abuser isn't abusive 24/7. They usually demonstrate positive character traits most of the time. That's what makes the abuse so confusing when it happens, and what makes 
leaving so much more difficult. Miya Yamanouchi

A titre d'exemple  je  prends le cas d'une connaissance ayant été victime de viol. Croyez moi que quand on vous raconte un viol, vous êtes  sous le choc. Vous vous attendez pas à ça et vous n'avez aucun mot qui sort de la bouche. Qu'allez vous faire / dire pour réconforter la victime ? Qu'est ce que vous pouvez sortir  à une victime de viol ? Que tout ira bien sachant que sa plainte a été jugée non recevable. Vous vous sentez juste impuissante, en étant à la fois attristée et consternée de la situation. 
C'est une situation très frustrante de se dire qu'on a peu de chances de voir le responsable en prison ou de voir qu'une de nos proches est coupable avant l'heure alors que c'est elle la VICTIME. Ce qui explique pourquoi les " blagues " sur les violences ne me font pas rire tout simplement car il n' y a rien de drôle. Donc les gens qui nous sortent " un viol se fait à deux" Non et non, cette manière crasse de renforcer le rôle de la femme est tellement ancrée dans les mœurs, et parfois dans les mœurs des personnes  les plus proches de votre entourage. 

Le témoignage : J représente les paroles de la concernée et D me représente. Les paroles sont retranscrites telles quelles d’où le langage parlé.

J : Surtout que dans mon cas, si j’avais porté plainte directement il aurait été arrêté direct...La justice du karma fera son job ! 
D : C’est ça surtout, si je me rappelle bien la police t'avais posé des questions classiques du genre comment étais- tu habillée ?
J : Oui !!! Et en plus me faire subir une confrontation. Le plus dur ça été la confrontation !
D : J'aimerai bien aborder tout cela avec toi si cela te ne gêne pas. Comment s'est passée la confrontation ?
J : Revoir la seule personne que tu désires ne jamais revoir... Mal
Le mec a clairement dit qu'il se foutait de moi et de mon ressenti. Le policier lui disait d'aller voir les putes dans ce cas et moi, je n’étais pas bien et tout, je me faisais juger. 
D : Punaise
J : Dès que j'avais un rictus ils disaient :  "Pourquoi souriez - vous ?" je ne comprends pas, pourquoi y être allée ?
Rien que d'y penser, mal au bide...
Ah oui avant il m'avait dit direct « votre affaire elle sera classée sans suite. » J’ai dû faire avec en oubliant. Ce n’est même pas pris à la légère mais t'es direct considéré comme coupable car tu accuses une personne sans preuve physique...
D : Mais pourquoi vouloir des preuves d'un viol ? Putain un viol est un viol.
J : Bah au cas où tu mens... sauf que là :  j'ai halluciné le mec clairement il a dit qu'il se foutait de ce que je pensais et tout !!!!
D : Le policier ou le violeur ?
J : Le violeur !
D : Sans soucis sans pression
J : Je sais que quand je suis sortie de la préfecture j'étais en larme mon père m'a vu il a rien compris j'ai pleuré pendant tout le trajet...
Je ne pouvais même pas être accompagnée !!! Le policier m'avait fait une remarque là-dessus : « Vous êtes assez grande »
D : Oh mince ... Il n’a pas essayé de te consolée ? Les policiers étaient tous des hommes ?
J : Bah si mais il conduisait en même temps je voulais rentrer chez moi. 
Oui, au début pour déposer ma plainte il y avait une femme mais voilà à la fin elle m'a aussi donné un "conseil" de bonnes mœurs "de toute façon, une fille ne trouve pas le bon de cette manière. Il faut attendre et arrêter de voir plusieurs garçons."
D : Vive la solidarité féminine ! Ça fait plaisir 
J : J'ai dû raconter mon passif amoureux...
D: En quoi ton passif amoureux les concerne ?
J : Le pire c'est juste que j'ai dit que j'ai vu plusieurs garçons dans l'année pas en même temps hein. Je trouvais pas chaussure à mon pied comme maintenant.
Va savoir !
En tout cas j'ai du tout déballer et en plus c'était filmé !
Parce que j'étais encore mineure il me semble
Bah c'est vrai !
Le pire c'est que j'avais bien dis je n’avais pas d'engagement que y avait bien 3 mois de séparation entre eux mais non il a fallu que la nana me fasse la remarque que j'étais une sorte de...
D : Ah oui le fameux mot pour les filles qui ne suivent pas le diktat impose par la société .... Très bien en tout cas merci pour les informations. Je reviendrai vers toi. 

A titre personnel, je considère le fait d'être coupable comme un manque de considération envers les femmes. Ce dédain qu'on nous lance en pleine figure, qu'on nous fait ressentir en permanence est tellement humiliant. Je le prends comme une humiliation en direct aux yeux de tous. C'est  ainsi que nous sommes traitées que ce soit dans des affaires harcèlement de rue, d'agression sexuelle, de violences verbales à  notre  égard. Une des questions qui revient le plus et qui fait que renforcer notre condamnation est celle qu'on entend le plus : Comment étiez vous habillée? Ne l'avez vous pas provoquer / chercher? C'est tellement évidemment qu'on cherche à se faire violenter par des rustres. 

Puis ce victim blaming est renforcé par le comportement que se doivent de suivre les victimes. Éviter d'en parler sinon ça les rendrait encore plus coupable aux yeux de l'opinion. Surtout pour ne pas détruire la réputation du responsable, c'est surtout sa réputation qui importe. Les cas sont nombreux ou on rejette tout sur la victime tout simplement car le responsable ne peut avoir commis un acte si abominable. La victime se voit se faire traiter de menteuse et d'autres noms, comment peut elle parler ainsi de cet homme incarnant la bonté? Le victim blaming  est tellement répandu, que cela ne laisse aucune chance aux victimes. Je le vois comme une norme ou on écrase les femmes, pour qu'elles se taisent afin qu'elles suivent à la lettre un comportement misogyne imposé. 
On devrait s'apitoyer sur ces pauvres hommes car étant de bons père de famille / des médecins géniaux, la question que je me pose :  A un moment donné pensons nous aux femmes victimes de violences? est ce que cela arrive de se poser des questions sur leurs situations, sur les troubles engendrés par ces violences?  La réponse est non, ces femmes elles se reconstruisent en silence. 

Concernant les fameux " Ce n'est pas ce genre d'hommes, il a  beaucoup trop de respect pour les femmes "  je ne trouve que cela ne change rien pour moi. Un violeur reste un violeur pareil pour un homme battant sa femme. Est ce que cela compte changer mon jugement ? Non. J'ai l'impression que les gens ne veulent pas admettre la vraie nature, comme si ces gens n'avaient pas conscience de leurs actes. Seul hic ils ont conscience ils savent que leurs actes sont répréhensibles mais est cela compte pour eux? Je pense même que ces hommes savent que dans la majorité des cas ils ne seront pas punis.   Qui ne connaît pas  les peines encourues pour agresser / violer / battre une femme ?  On revient toujours à la même chose : la responsabilité dans ces affaires. Quand on demande à une femme battue ; pourquoi restez vous si il vous bat ? Je ne pense pas que les personnes posant cette question aient une once de pitié. Ils se disent pas peut être qu'elle est dépendante de lui, qu'il y a des enfants ou qu'elle n' a nulle part ou aller. 

“We have an abundance of rape and violence against women in this country and on this Earth, though it's almost never treated as a civil rights or human rights issue, or a crisis, or even a pattern. Violence doesn't have a race, a class, a religion, or a nationality, but it does have a gender.” Rebecca Solnit 
Ce victim blaming nous tue en silence, toujours remettre en doute les violences dont nous sommes victimes démontre à quel point nos corps, que nos paroles sont méprisées même avec l'évidence de preuves. Mais en attendant ces violences elles tuent des femmes. Des femmes meurent chaque jour sous les coups, une femme meurt tous les 3 jours en France. Et ces femmes elles n’étaient coupables de rien. 

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