TOUGH LOVE

13 juin 2016


[...] même si tout le monde partait du principe que j'allais finir avec un mec (forcément) j'ai toujours eu l'éducation de ma mère qui me disait "t'es pas sur terre pour être la femme de quelqu'un, t'es la pour toi" (du côté de mon père c'était plus l'ambiance "les filles à la cuisine, les garçons devant la TV. avec démonstration à tous les repas de famille, chose que je détestais). 

Et franchement, dès gamine je me suis toujours dit que faire des trucs pour que ça plaise aux garçons c'était vraiment la loose. Je voyais pas l'intérêt du tout. En plus, quand au collège les filles ont commencé à parler de sexe j'étais juste la en mode "beeeeeeerk". 
A l'époque j'ai pas trop tilté--n'empêche que les magazines pour filles c'était souvent "fais toi jolie pour plaire aux garçons" "les garçons aiment les filles qui font/font pas X" (et la presse pour adultes, que je lisais pour les BDs, c'était pas mieux. Même message avec un vocabulaire différent. 
"Porte des jupes et des talons mais pas trop" "soit sympa et souriante mais pas plus cool que lui sinon c'est mort" etc.
Même avec mes problèmes d'anxiété j'ai toujours refusé ça (je me met en retrait toute seule, mais je supporte mal qu'on me dise que je n'ai pas la même valeur qu'un mec.)
Par contre, j'étais déjà une grosse slasheuse même petite. A 10 ans j'étais convaincue que mes personnages préférés dans les Chevaliers du Zodiaque étaient amoureux l'un de l'autre. (avec le recul, je comprends mieux pourquoi xD) Mais la seule fois ou le sujet à vaguement été abordé à l'époque c'est quand une de mes tantes du côté de mon père a fait une "intervention". (J'avais 11-12 ans, et quand on jouait avec ma sœur et mes cousines, j'étais mon perso préféré (Legolas à l'époque, je crois) et je voulais qu'il aie un copain plutôt qu'une copine. J'imagine qu'une de mes cousines a du lui en parler. 
Bref, le message général c'était "bon, il faut qu'on ait une Discussion à propos de tes histoires de gays".

Panique totale
Surtout vis à vis de la famille de mon père en fait (pas que j'ai pas d'angoisse du coté de ma mère, mais quand ta famille te considère déjà comme moins bien parce que t'es une fille (et parce qu'ils désapprouvent ta mère, mais ça je l'ai su plus tard) que t'as à peine douze ans et que tu t'aimes déjà pas trop bien à la base, c'est le genre de réflexion qui te fais paniquer). 
Pas à mes débuts sur internet, non x)
Et entre temps j'ai fais mes premiers pas dans la communauté LGBTQ+ par le biais du fandom. 
Et du coup je me suis habituée à n'en parler qu'avec les gens de ce milieu là. Parce que dans le fandom, une gamine de 14 ans qui écrit des histoires sur deux garçons qui tombent amoureux ça choque personne, et à force d'en parler ça normalise la chose.
Enfin, malgré ça j'ai quand même attendu d'avoir 22 ans pour vraiment commencer à réaliser/accepter cette part de moi.
Entre temps c'était refoulage complet genre *a fond*. Je suis sortie avec des mecs (jamais très longtemps) parce que je me sentais seule et que je voulais qu'on m'aime et que j'avais pas d'autre option.
La majeure partie des cas c'était des amis proches, avec qui j'ai presque systématiquement perdu le contact après. 
J'ai découvert tumblr en 2011, sur les recommandations d'une copine de fac (j'avais 21 ans). Tout le monde parlait de gays!
Bon, c'était des mecs, et c'était dans le contexte du slash, mais bordel c'était tellement cool comme changement! (avant ça, j'étais sur un forum Seigneur des Anneaux avec un groupe de filles super sympa, mais toutes hétéros. Le slash les laissait indifférentes au mieux, au pire tu sentais qu'elles étaient pas à fond dans l'idée d'en ajouter au canon tolkienien).

Et oui, je dirais que Tumblr ça a carrément changé ma vie. Le fandom et le slash en lui-même ont pavé le chemin parce qu'effectivement, lire des histoires qui traitaient l'homosexualité comme une orientation "normale" ça m'a beaucoup détendue sur le sujet.
Mais avec Tumblr j'ai découvert le féminisme et l'activisme LGBTQ+ .
Au départ Tumblr pour moi c'était le féminisme, mais plus tard en 2011 je suis partie en Ecosse pour un boulot d'assistante prof de FLE.
Oh la claque. Je suis partie de chez mes parents en me disant que tous mes problèmes allaient rester en France, que j'allais devenir moins timide, me trouver un mec, bref: vraiment démarrer dans la vie.
Résultat je me suis tapé 9 mois de dépression à pas me faire de relations parce que mes problèmes d'anxiété et de mauvaise estime de moi ont fait que je parlais à peine à mon proprio (on habitait dans la même maison) .
Je passais tout mon temps libre à regarder des séries ou à parler avec mon groupe d'amis de tumblr/un pote de lycée sur skype.
Et en bossant que 12h par semaine j'avais BEAUCOUP de temps libre . (J'entends encore mes parents me dire qu'ils "me comprenaient pas", qu'ils voyaient pas pourquoi je faisais pas du tourisme en bus et tout. Moi je trouvais qu'aller voir un concert par semaine sur Glasgow c'était déjà bien, parce qu'entre les 30mn de bus dans chaque sens plus un passage au mcdo dans une des plus grosses rues commerçantes d’Europe, c'était laaaaargement suffisant comme poussée d'adrénaline) .
L'angoisse complète.
Mais du coup j'ai pu comprendre énormément de choses sur moi. Notamment que j'avais hérité des tendances dépressives de ma grand mère paternelle (autodiagnostique qui me TERRIFIE parce que cette femme dans mon enfance c'est +/- un MEUBLE. Son influence majoritaire sur mon enfance, c'est mon père qui ns engueule ma sœur, mes cousines et moi pour pas qu'on la réveille) .
Que j'avais de problèmes d'anxiété aussi.
Eeeeeeeet que les mecs en fait, c'était pas mon truc. (Avec un arrêt bonus sur la case "non mais en fait j'suis juste trop cassée pour qu'on m'aime) .
(bon, y'a eu toute une phase avec Natalie Portman dans Thor. c'était mon "girl crush" genre "j’aime pas les femmes maiiiiis".)
J'ai commencé à utiliser le label "queer" début 2012, je crois, et j'ai migré vers "lesbienne" vers fin 2015 .

Tout ça grâce au fandom et à Tumblr xD Maintenant j'arrive un peu plus à discuter de ces sujets la en français, parce que j'ai acquis des bases en anglais (langue qui me permet de prendre de la distance, émotionnellement) et que je me sens davantage prête à défendre mes positions.

Mon père est pas au courant. En tout y'a que 6 personnes que je connais irl qui sont au courant . Dont ma mère, ma sœur, une de mes tantes (côté maternel) et ma cousine de 14ans (côté mater aussi) de qui je me sens vachement protectrice parce que je vois qu'elle a des complexes similaires aux miens donc on se comprends, et ça me donne envie d'être sincère avec elle. Les deux dernières sont des amies de fac, que j'ai connues après mon retour en France.
Je suis out sur le web mais seulement quand j'évolue sous pseudo.
Queer c'est un terme parapluie--ça rassemble toutes les catégories LGBTQ+. C'était cool parce que ça me permettait de pas trop penser au sujet . J'étais "pas hétéro" mais j'avais quand même (dans ma tête) une "porte de sortie" au "cas ou" je me serais plantée .
Parce que clairement dans ma famille si/quand je fais mon coming out, y'a au minimum une moitié qui va pas avoir grand chose de très agréable à dire, donc pour moi passer de "queer" à "lesbienne" même si personne irl est au courant, c'était un point de non-retour .
Je suis pas sortie avec qui que ce soit depuis. J'ai eu une occasion une fois, avec une amie que je connais depuis longtemps (par un forum de roleplay que j'avais rejoint en 2011) mais j'ai flippé et j'ai coupé court. Je crois pas être prête à sortir avec qui que ce soit pour le moment. J'ai trop de problèmes, liés entre autre au fait que j'ai encore du mal avec mon orientation. Déjà cette année, mon but c'est d'aller à la Gay Pride à Paris et de pas trop flipper. Après je verrais, j'imagine. J'ai d'autre sujets de flip, faut dire. J'ai 26ans déjà, et j'ai l'impression d'être tellement en retard sur le rythme "normal" de la vie. Ma sœur a 25ans cette année, elle est avec son copain depuis bientôt quatre ans. Je vais être témoin au mariage d'un ami en septembre. La plupart des gens que je connais sont en couple sur le long terme, et ceux qui ne se sont pas ont déjà eu plusieurs relations. Moi ma relation la plus longue a duré quatre mois (on a du se voir 48h au total, maxi) avec un mec que j'avais rencontré via le web, encore. J'ai honte de la façon dont ça s'est passé (objectivement j'ai pas été horrible ni rien, mais j'ai tellement peur de ce qu'on pense de moi, je m'en suis toujours pas remise) . J'ai l'impression d'avoir 13 ans dans mon cerveau émotionnel. comme si en terme de relations amoureuses j'avais jamais vraiment grandi. J'ai encore cette image de la relation de couple comme une rom com, parce que j'ai pas pu avoir de vraie expérience avec une vraie personne (genre Imagine Me and you avec Lena Headey, c'est mon image de la relation quoi) . Et je peux même pas me rabattre sur les films parce que quand les lesbiennes ont une fin heureuse, ça s'arrête au premier baiser--pas de modèle de relation longue durée pour nous :P (Pas que les lesbiennes soient les seules dans ce domaine mais bon. Le coté personnel tue ça xD) .
Mais n'empêche, malgré tout ça et toutes les choses que j'ai encore à régler, je suis plutôt contente d'en être arrivée la. Ça m'a pris un bon paquet d'années mais je suis vachement mieux dans ma tête qu'avant. J'apprends à gérer mes soucis et à comprendre d’où ils viennent (par exemple, à séparer le côté dépression "pure" de l'homophobie et du sexisme que j'ai internalisé), et je m'accepte mieux telle que je suis . Globalement j'ai quand même beaucoup progressé, donc je me dis que c'est pas sans espoir :P

(La preuve, je t'ai dit tout ça en français, et j'ai même pas eu envie de pleurer :P) .
Contribution de Fanfan . Photo from Vanity Fair December 2014 (shot by Mario Testino). 

1 commentaire

  1. Salut!!!
    On est née pour être nous et pour n’appartenir à personne!
    Moi aussi J'ai l'impression d'avoir 12 ans dans mon cerveau émotionnel!

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