GENDER, FEMINISM & YOUTUBE

28 mai 2016


Nous sommes de retour avec une nouvelle rubrique : A vous la parole. Elle consiste à laisser place à une jeune femme qui s'exprimera sur la condition féminine et ses propres expériences. La première à s'exprimer est la sympathique Buffy Mars dont la contribution se porte  sur le féminisme et Youtube. 

Impact du genre : Puisqu'on nous l'attribue sans notre consentement dès la naissance et que cela va énormément structurer notre vie, nos choix, nos attitudes, nos goûts ainsi que notre vécu... oui, indubitablement. Si on en parle de plus en plus d'ailleurs c'est qu'on se rend bien compte que tous ces stéréotypes enferment tout le monde dans des cases mais aussi, que le genre féminin est qui plus est complètement sous-évalué. On apprend à s'accommoder en permanence avec les violences symboliques et à négocier avec cet environnement qui n'est absolument pas créé pour nous, où on est invisibilisé, raillé, sous-estimé etc. Il y a des choses très visibles comme les inégalités salariales, les tâches ménagères mal réparties, l'absence de parité à des postes importants (enfin elles sont visibles, mais ça semble pas émouvoir grand monde pour autant),  d'autres choses dont on parle depuis peu (le harcèlement de rue, le plafond de verre par exemple) et des choses très invisibles (la culture du viol, les violences physiques / verbales sur lesquels tout le monde ferme les yeux) : ce sont tout un tas d'éléments qui ont façonné notre vie et avec lesquels, souvent, on a appris à faire avec.

Concilier le féminisme au sein de son environnement : Oui et non. 

J'ai étudié à la fac. A ce niveau-là, on va même dire que l'université a beaucoup joué pour me rendre féministe grâce à mes études en sociologie ! Donc pas de problème, je suis tombée sur des profs extrêmement passionnants, passionnés et (pour la plupart) sensible au féminisme. Idem pour les élèves (quoique un peu moins sensibilisés, je l'admets). J'avoue que j'ai toujours été très "distancée" vis-à-vis de la fac, n'y passant que quelques jours par semaine, ça m'a permise de pas trop me prendre la tête avec des élèves ou des profs éloignés de mes convictions. 

Je suis Community Manager mais aussi militante et très politisée. Mon identité sur le web est donc plutôt "marquée" politiquement parlant et vachement connotée. Je pense qu'on voit que j'ai mes convictions, qu'elles me tiennent à cœur et que je ne me laisse pas marcher sur les pieds. Ça peut être un frein, surtout quand on travaille dans le milieu des réseaux sociaux. Les gens se connaissent vite dans ce milieu mais surtout, suis-je capable de m'imposer un "filtre" quand je bosse pour un client ? Est-ce que je sais rester "mesurer", concilier mes valeurs et celles de l'entreprise ? N'est-ce pas dérangeant de mettre sur mon CV mon compte Twitter et mon blog qui sont aussi "orientés" ? En général, je me dis que si cela peut déranger un éventuel employeur, c'est mieux de le savoir depuis le début : cela signifie que nous ne sommes pas en phase et que nous ne pourrons pas travailler ensemble. Je me ferme peut-être des portes mais au moins, je fais le ménage pour savoir cerner les milieux qui ne me conviennent pas et ne pas perdre de temps :-).

Mais comme j'ai dit, je suis Community Manager et.. c'est pas le milieu le plus conservateur qui existe, au contraire. Y a des défauts, certes, mais le milieu de la comm' c'est aussi beaucoup de gens open, curieux, attentifs, capables de faire des compromis (comme moi aussi je sais en faire et rester très pro). J'attends pas que tout le monde ait les mêmes sensibilités que moi mais tant qu'on prend mes remarques avec sérieux, c'est déjà bien. Mon chef par exemple, qui n'a pas forcément les mêmes sensibilités politiques que moi, me l'a déjà dit "c'est bien d'avoir des convictions". Et si je pense que c'est bien c'est que ça permet au moins de se questionner, de s'interroger sur ce qu'on est susceptible de transmettre aux gens. Et dans ma branche, c'est important. 

Je pense que le principal est de savoir dire les choses. Sur le net je suis "Buffy Mars", vidéaste, blogueuse, et féministe. Au boulot, je ne suis pas tout ça. Je suis avant tout Community/Social Media Manager. Je suis aussi féministe, mais je dois rester professionnelle. J'aborde donc ce qui me tient à coeur sous un autre angle. 


Harcèlement de rue et cyber harcèlement : Pour le harcèlement de rue, j'avais écrit un article sur le sujet juste ici : http://www.buffy-mars.net/2014/10/harcelement-de-rue-mon-experience.html . J'y relate beaucoup (pas toutes!) d'expériences vécues depuis mes 13 ans dans la rue. J'avais envie de montrer que le harcèlement c'est tout un tas de choses qui se combinent ensemble : ce ne sont pas des actes isolés mais des regards lourds, des insultes, de la drague insistante, des gestes déplacés parfois aussi, des agressions, des mecs qui nous suivent.. J'avais envie de montrer que c'était toutes ces choses qui créent un mécanisme, un système repris collectivement par plusieurs hommes et qui bouffent notre vie au quotidien. 

Avec le temps et en devenant de plus en plus féministe j'ai gagné en assurance et en confiance en moi. Oui, parfois j'ai encore peur : c'est humain, d'avoir peur. Surtout qu'on nous apprend, à nous les femmes, à avoir peur et à avoir du mal à gérer les situations anxiogènes/réellement dangereuses. Mais j'ai aussi appris à tenir tête et à rembarrer violemment les mecs qui m'emmerdent. J'arrive pas mal à le faire quand j'ai eu une journée particulièrement fatigante surtout ;-). Généralement, ça arrive sur un coup de tête : on ne réfléchit pas, ça sort tout seul, c'est hyper impulsif comme réaction.. mais qu'est-ce que ça fait du bien ! Et on en retire beaucoup de fierté. Souvent, je le raconte sur Twitter ensuite, pour dire aux autres nanas "Hey, c'est possible ! On peut s'imposer ! Si j'arrive à le faire, pourquoi pas vous."


Pour ce qui est du cyber-harcèlement, j'ai déjà porté plainte pour quelques trucs pas cools. Sinon, de manière générale, j'ignore totalement. Ça me laisse de marbre. L'habitude je pense. Je considère qu'il faut pas y répondre, même si parfois on en meurt d'envie (et qu'il m'arrive moi aussi, quand j'ai une petite pique bien sentie, de balancer un truc avant d'ignorer à nouveau) : ça les encourage (même si on n'a pas à se sentir coupable de tout ça, quand bien même on leur répond, c'est humain de vouloir se défendre). Mais sinon, non, c'est pas forcément quelque chose qui me touche : j'ai une super communauté ultra soudée, c'est une goutte d'eau dans l'océan ! J'ai cette chance là. 


La condition féminine en France : J'ai l'impression que ça bouge et dans le bon sens.. mais est-ce parce que je ne regarde qu'autour de moi ? C'est sûr qu'en évoluant dans des cercles féministes, difficile de ne pas voir les gens s'insurger, pointer du doigt d'éventuels problèmes etc. Ça me donne le sentiment qu'on est de plus en plus sensible à ces questions, qu'on parvient à se faire entendre et à essayer de porter un regard inclusif sur toutes ces problématiques. Il n'y avait pas moins de harcèlement de rue, de viol, de harcèlement sexuel avant : c'est juste que maintenant on en parle plus, on saisit l'ampleur de problème et que ouais, les femmes, elles en prennent plein la gueule constamment. 


Traitement de différence sur Youtube lié au sexe  : Oh que oui. J'évolue dans des thématiques liées à la pop-culture. On croit, à tort, que ce milieu est réservé aux garçons sur Youtube. C'est faux ! Mais comme sur d'autres médias, ils sont les plus regardés, écoutés et valorisés. Mais on est pleins de nanas à parler de notre passion ! En plus de ça, je choisis souvent un angle politisé. J'essaie toujours de nuancer mon propos, je fais attention aux mots que je choisis, je partage des études etc. Mais très vite on essaie de "me coincer", de m'épingler sur des trucs. 

Un exemple tout bête :  dans une vidéo j'ai parlé des inégalités H/F, j'ai bien précisé que je parlais d'une MOYENNE et ai mis en lien dans la description une étude bien plus complète et étoffée sur le sujet... J'ai eu le droit à des taaaas de mecs qui ont débarqué pour m'expliquer que je disais n'importe quoi, que les inégalités salariales c'était plus compliqué que ça et qui m'ont renvoyé vers des vidéos sur le sujet. Vidéos que j'avais déjà vu. Sauf qu'ici, JE PARLAIS D'UNE MOYENNE ET QUE CA AVAIT ÉTÉ PRÉCISÉ. Bref, toujours un tas de petits détails comme ça qui cherche à discréditer le propos et où ils cherchent à rebondir pour occulter les violences physiques dont j'aurai pu parler quelques minutes avant. A la longue ça me fait marrer et je préfère directement supprimer : c'est mon espace et je le gère comme je le sens, je modère comme je l'entends. 


Et sinon, pour ce qui est des rapports avec des garçons de façon plus générale, un peu comme pour Twitter, les rapports restent ultra genrés. Tu sens que tu deviens difficilement la "bonne copine" quoi : sois le mec est là pour te faire la leçon, sois il essaie de rentrer dans un processus de séduction. Les mecs sympas et distancés sont rares, je trouve.
Contribution de Buffy Mars 
Si vous souhaitez contribuer à la rubrique, contactez nous. Photo from Tumblr.

Enregistrer un commentaire

Nous vous remercions pour vos commentaires.

Copyright © Aloha Tallulah. Design by FCD.