VIOL & SOCIÉTÉ

1 mars 2016

« Bien trop de femmes dans bien trop de pays, parlent la même langue : le silence ». Anasua Sengupta.

Cette citation illustre à elle seule, un thème particulièrement difficile au sein de nos sociétés : le viol. Le viol féminin qui devient de plus en plus banalisé voir minimisé, alors qu'une femme sur trois se fera violer dans sa vie. (80 000 femmes ont été victimes de viol ou de tentatives de viol en 2012 en France).

A mes yeux il y a une « sous-évaluation » du viol alors que c'est un crime abject et répandu. Dans de nombreux cas la victime est systématiquement coupable car elle aurait déclenché cette situation. 

Il est toujours plus facile d'accuser la femme dans une société patriarcale ou celles-ci se doivent d'être passives et soumises. Éduquer la gente masculine revient à changer tout le système. Dans de nos nombreuses affaires, la position de la femme en tant que victime est constamment remis en cause voir même analyser.

Une femme victime de ces abus intolérables, l’a forcément cherché selon une idée très répandue car elle est censée avoir une certaine attitude, un certain comportement et un style vestimentaire dit « approprié ». Cette politique de respectabilité infligé à la gente féminine, a toujours été présente au sein de nos sociétés et cela n’importe où dans le monde.

Cependant la femme est avant tout un être tout aussi libre de ses choix qu’un homme or dans une société où elle a constamment été réduite au « sexe faible » cela fut très souvent oublié.

Dans des sociétés où la justice et l’égalité sont les bases d’une cohésion sociale : les femmes sont-elles vraiment leségales des hommes, dans un monde en perpétuellement changement ?

Selon moi la justice et les autorités habilitées à traiter les affaires de viol ne sont pas assez sévères sur la condamnation des crimes commis. Résultat des courses : une peine insignifiante pour un ACTE GRAVE et une vie brisée pour la victime concernée. 

« Comment voulez-vous que des femmes aillent porter plainte quand elles savent que leurs paroles n'auront que peu d’effet ? » 

Un autre problème important reste selon moi la police. Je ne sais pas si vous avez lu cet article concernant la gestion des viols par les officiers de police. En lisant ce dernier mon état de consternation était tel, que je n’avais plus les mots adéquats. Les officiers de police dans le « doute » entre un acte consenti et un viol utilisent le terme « miol ». Afin de désigner tout « viol bancal ». Viol bancal non mais sérieusement ?! ma foi en l’humanité commence réellement à atteindre un gouffre sans fond. 

Que signifie un viol bancal ? « Un viol pas réussi » ? Je vous prie de bien vouloir m’aider car même en ayant réfléchi comme une forcené ma chère boîte crânienne refuse de comprendre. 

Très sérieusement l'utilisation de ce terme répugnant ne dévoile (à mon sens) que le mépris des affaires de viols et la double peine auxquelles les victimes doivent faire face. En plus de subir un crime horrible, leurs affaires n’ont peu de chance d'aboutir si elles sont considérées comme « un miol ». Ou comment finir le travail en laissant les victimes plus bas que terre. Lorsque que des officiers formés à la gestion des viols utilisent ce terme, vous remettez un peu tout en question. 

Autre point important la classification. En effet une affaire de viol peut être « classée sans suite ». Sidération, incompréhension la plus totale je ne sais plus quel terme de notre chère langue française peut m’aider à qualifier mon ressenti.

Le fait qu'une affaire de viol peut être classé sans suite car il y’a un manque de preuve me révulse. Cette nécessité de preuves pour un tel crime puni par le Code Pénal me dépasse. Suis-je la seule à  trouver ça injuste ?  Il y a tellement cas de viols qu'on ne peut minimiser une chose pareille. Notamment le viol conjugal qui reste le moins considéré. EFFECTIVEMENT il y a encore ce manque de compréhension. 

Puisque dans « le monde de bisounours » dans lequel nous vivons (par moment) : un viol ne peut pas être commis dans le foyer conjugal.  Ce viol n'est pas reconnu en tant que tel car il est fait par son partenaire. De plus certaines personnes, considèrent toujours qu'un viol conjugal n'en est pas un. Un NON signifie un NON que ce soit du partenaire ou d'un autre homme.

Ce déni de la culpabilité féminine est effarant. Entre les agresseurs qu’on ne condamne pas assez et les autorités qui prennent ces affaires à la légère : Comment voulez-vous que la société (patriarcale) reconnaisse ce genre de crime si les femmes sont lésées dès le début ? 

Personne ne pense aux vies détruites par les agressions sexuelles. Je vous conseille de lire des témoignages ici. La culture du viol est tellement ancrée qu'il est nécessaire de travailler sur ça. Les femmes n'osent pas en parler car elles se sentent responsable de l'acte. Est-ce vraiment cela que nous voulons pour les femmes victimes de viols ? Une culture du viol qu'on aperçoit également dans les médias. Souvenez-vous des affaires qui avaient déchaînés le monde de la presse : L’affaire DSK avec Nafissatou Diallo qui serait sans doute « trop moche pour être violée » ou encore les affaire Polanski, Woody Allen ? 

Encore plus actuel le cas de la chanteuse Kesha victime d'abus sexuels de la part de son producteur. La justice américaine n’ayant pas cassé le contrat entre elle et son producteur, cette dernière doit produire encore 2 albums. La chanteuse avait mentionné dans une interview qu'elle n'avait pas de contrôle artistique et qu'elle souhaitait s'exprimer librement. Cette affaire démontre bien la place des femmes violées au sein de nos sociétés. Ne méritent-elles pas la justice ? Qu'un viol n'est qu'un simple crime au même titre qu'un vol ?

Dans d’autres parties du monde le problème est aussi présent comme c’est le cas à l’est du Congo ou encore au sein des pays sous le joug de DAESH. La situation sur place n'alerte pas l’opinion publique voir même le monde. Ces viols de masse utilisés comme des véritables armes de guerre détruisent des communautés entières. Ils génèrent une situation de honte, de tabou et d'exclusion sociale. Ils ont été évoqués par l'opinion internationale mais très peu de réactions furent montrés.

Pour vous montrer à quel point certaines affaires de viols sont tronqués, je me suis permise de demander à une connaissance de me livrer sa confrontation avec la police et son violeur. Je souhaite vous montrer l'analyse du système, la minimisation du viol et le manque de gravité des policiers à travers ce témoignage. 

Le témoignage : J représente les paroles de la concernée et D me représente. Les paroles sont retranscrites telles quelles d’où le langage parlé.

J : Surtout que dans mon cas, si j’avais porté plainte directement il aurait été arrêté direct...La justice du karma fera son job ! 
D : C’est ça surtout, si je me rappelle bien la police t'avais posé des questions classiques du genre comment étais- tu habillée ?
J : Oui !!! Et en plus me faire subir une confrontation. Le plus dur ça été la confrontation !
D : J'aimerai bien aborder tout cela avec toi si cela te ne gêne pas. Comment s'est passée la confrontation ?
J : Revoir la seule personne que tu désires ne jamais revoir... Mal
Le mec a clairement dit qu'il se foutait de moi et de mon ressenti. Le policier lui disait d'aller voir les putes dans ce cas et moi, je n’étais pas bien et tout, je me faisais juger. 
D : Punaise
J : Dès que j'avais un rictus ils disaient :  "Pourquoi souriez - vous ?" je ne comprends pas, pourquoi y être allée ?
Rien que d'y penser, mal au bide...
Ah oui avant il m'avait dit direct « votre affaire elle sera classée sans suite. » J’ai dû faire avec en oubliant. Ce n’est même pas pris à la légère mais t'es direct considéré comme coupable car tu accuses une personne sans preuve physique...
D : Mais pourquoi vouloir des preuves d'un viol ? Putain un viol est un viol.
J : Bah au cas où tu mens... sauf que là :  j'ai halluciné le mec clairement il a dit qu'il se foutait de ce que je pensais et tout !!!!
D : Le policier ou le violeur ?
J : Le violeur !
D : Sans soucis sans pression
J : Je sais que quand je suis sortie de la préfecture j'étais en larme mon père m'a vu il a rien compris j'ai pleuré pendant tout le trajet...
Je ne pouvais même pas être accompagnée !!! Le policier m'avait fait une remarque là-dessus : « Vous êtes assez grande »
D : Oh mince ... Il n’a pas essayé de te consolée ? Les policiers étaient tous des hommes ?
J : Bah si mais il conduisait en même temps je voulais rentrer chez moi. 
Oui, au début pour déposer ma plainte il y avait une femme mais voilà à la fin elle m'a aussi donné un "conseil" de bonnes mœurs "de toute façon, une fille ne trouve pas le bon de cette manière. Il faut attendre et arrêter de voir plusieurs garçons."
D : Vive la solidarité féminine ! Ça fait plaisir 
J : J'ai dû raconter mon passif amoureux...
D: En quoi ton passif amoureux les concerne ?
J : Le pire c'est juste que j'ai dit que j'ai vu plusieurs garçons dans l'année pas en même temps hein. Je trouvais pas chaussure à mon pied comme maintenant.
Va savoir !
En tout cas j'ai du tout déballer et en plus c'était filmé !
Parce que j'étais encore mineure il me semble
Bah c'est vrai !
Le pire c'est que j'avais bien dis je n’avais pas d'engagement que y avait bien 3 mois de séparation entre eux mais non il a fallu que la nana me fasse la remarque que j'étais une sorte de...
D : Ah oui le fameux mot pour les filles qui ne suivent pas le diktat impose par la société .... Très bien en tout cas merci pour les informations. Je reviendrai vers toi. 

A la suite de ce témoignage plusieurs choses m’ont étonné notamment l’attitude la policière qui en tant que femme se place d’une manière tout à fait normale par rapport au viol et que c’était limite la faute de la victime. Le temps passe mais les cicatrices restent comment peut-on ne pas considérer une victime qui souffre ? Ceux qui sont censés nous protéger sont-ils assez qualifiés ? 

Telle est la question …

Toutes les photos ont été trouvées sur Google et ont été réalisées par des collectifs contre le viol (Collectif contre le viol et Alternative Libertaire)

2 commentaires

  1. La situation des femmes à l'heure actuelle est effarante, et ce monde est absurde.
    L'attitude de certains membres des forces de l'ordre est de la justice est abjecte, et va à l'encontre à ce qu'il nous est appris en droit.
    J'aurais juste quelques remarques/précisions concernant ton article.
    Concernant le besoin de preuves par exemple. Qui est justifié. Tout individu est présumé coupable jusqu'à preuve du contraire. Cependant, les policiers devraient rediriger les victimes vers des centres de médecine légale. Les légistes sont, plus que les médecins, formés pour remarquer et reconnaître les traces d'agressions.
    Je déplore le manque d'écoute des policiers, et leurs questions nauséabondes. Un crime est un crime. Peu importe la tenue de la victime, son comportement ou ses mœurs. Les motifs sont indifférents en droit (sauf exception, lorsque c'est précisé dans le texte d'incrimination ce qui n'est pas le cas pour la viol). Les policiers ainsi que les juges ne doivent pas regarder ce qui a motivé l'individu à passer à l'acte. Il a commis un viol et doit être condamné pour cela.
    Enfin, les viols entre époux sont reconnus aujourd'hui, et pourtant...

    Le viol et les violences sexuelles, notamment sur les femmes, ne sont pas traités comme les autres infractions. C'est comme si les auteurs bénéficiaient d'indulgence pour avoir "remis en place" les femmes qui n'ont pas le comportement que la société leur assigne. Et même quand c'est pourtant le cas, ce qu'elles ont subi n'est pas pris en compte. Comme si nous étions inférieures et qu'il est normal que nous subissions tout ça.
    Alors que les forces de l'ordre et la justice devraient jouer leur rôle et aider les victimes, les diriger et se comporter de manière impartiale, ils prennent parti, au mépris des missions qui sont les leurs.
    Il est parfois (souvent) difficile de prouver un viol (je veux dire par là hors les cas où ils y a des éléments tels que c'est indiscutable comme des vidéos, des traces de coups importantes etc...), c'est pourquoi la police devrait soutenir les victimes et les aider à confondre le violeur. Protéger et servir.

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    1. Bonsoir,je te remercie d'avoir laisser un commentaire.

      Je suis complètement d'accord avec toi. Le manque de d’écoute et de fermeté envers les violeurs est consternant. je suis plus que lasse de lire que la femme est toujours coupable ou qu'elle aurait du résister à son viol. c'est aussi une des raisons pour laquelle je souhaite un meilleur travail des policiers qui sont complices à mes yeux de négligence,de manque de compassion et d'aveuglement envers les victimes. pourtant ils sont formés pour traiter et résoudre ce genre d'affaires. tant que la culture du viol est ancré dans la société cette thématique et la prise en compte resteront limités. l’éducation pourrait servir à déconstruire les cliches et les stéréotypes sur le viol comme nous avons le pu le voir dans la presse. c'est malheureux de se dire que nous sommes coupables et victimes à la fois... il reste encore beaucoup de travail à faire.

      Dian,

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